Les publicités Old Spice
Le second degré est très difficile à manier dans le contexte de la publicité, en particulier lors des coupures télévisuelles. Tout le monde n’est pas censé le saisir, prendre le recul nécessaire pour rire de l’auto-dérision, de l’exagération. Pourtant, le fabricant de gels douche « Old Spice » a mis les bouchées doubles sur le second degré et le saugrenu. Avec une suite de campagnes de pubs dont le but était de démontrer l’augmentation palpable de la virilité, de la testostérone, c’était pas gagné tant c’était banal. Mais le but n’est-il pas de se démarquer des « bons vieux » mannequins pour rasoirs traditionnels, bons pères/bricoleurs/amants ?
Puis il y eut une première campagne Old Spice.
C’est pour le moins étrange, mais le message est clair : décalage total avec le traditionnel. Autre exemple :
Pour le moins déroutant, n’est-ce pas ? Personnellement, après quelques visionnages, je me suis dit que l’agence publicitaire avait tapé fort. Malgré le déballage de muscles, notre identification va plus s’orienter vers la personnalité loufoque du modèle plutôt que ses biceps. Ce grain de folie dont nous disposons tous.
Cette série a eu une bonne bonne poignée de vidéos similaire, tant au niveau des acteurs que des scènes et idées.
Puis il y eut une autre version (la plus récente je crois, car je vous garde ma préférée pour la fin), axée fraîcheur et moins testostérone :
…et sa version plus élaborée et carrément tordante (on est en Février 2010) :
Et sa fin alternative :
Puis il y eut le tournant Isaiah Mustafa (« look at your man, now back to me »), acteur dans la série « Ugly Betty », beau, carrément bien foutu et disposant d’une voix suave. Le public était déjà là, disposant de son compte Facebook, de sa base solide de fans, base féminine (je ne vois pas pourquoi), il a probablement été plus compliqué de creuser dans le second degré plus profondément afin d’éviter la confusion.
Selon moi, le pari est clairement réussi dès le premier spot avec lui. Une « punchline » hyper dense, un véritable défi technique pour les publicitaires qui ont, en l’espace d’une trentaine de secondes, réalisé une œuvre d’art quasiment sans artifices. Et c’est cette question d’artifices qui a fait son buzz, invités par un chroniqueur, les réalisateurs de cette pub nous ont montré qu’il n’a été fait aucune réelle retouche numérique sur le tournage (juste un bras effacé devant le cheval à la fin et le coup du couple main/diamants).
Let’s watch :
J’apprécie énormément le flegme et le détachement de Isaiah (ce qui n’a réellement pas dû être simple). Le buzz commercial était lancé (faut bien en vivre).
Et depuis quelques semaines, la nouvelle mouture, griffée par Isaiah et la même team à la réalisation :
J’imagine qu’il y a toujours aussi peu d’artifices (quoique), mais ça reste un boulot exceptionnel.
Et là, émergence flagrante du marketing 2.0, « full orienté web », près de 150 clips de quelques secondes à presque une minute ont été envoyués en réponse aux tweets ou aux commentaires Youtube par la même team et par Isaiah himself, ça ne s’invente pas, c’est juste bluffant.
Exemples au hasard :
http://www.youtube.com/user/OldSpice#p/u/1/9MeP-rVbDXc
http://www.youtube.com/user/OldSpice#p/u/0/tqoc6wTNotI
http://www.youtube.com/user/OldSpice#p/u/5/_urLWG7kQ7E
Je ne suis réellement pas friand de la publicité en général, mais je dois avouer que là (moyens aidant), ça a clairement de la gueule.
Est-ce le début d’une nouvelle ère ?
Mise-à-jour (16/07/2010) : on me souffle dans mon oreillette qu’une parodie a été publiée hier même par un groupe d’amateurs (quelle coïncidence), joli résultat.




