Christophe Hondelatte – « Le rescapé »
C‘est dos à la caméra, les mains affairées à épingler fermement sa photo que je me retourne et vous le présente
« Christophe Hondelatte ou… le présentateur à la grippe… A ! » (notez l’effet dramatique des point de suspension)
Christophe Hondelatte a dépassé le stade du théâtral à la Guy Lux, il a – selon moi – inauguré une véritable prouesse, au delà de la figure de style et la rhétorique sous-jacente, de nous présenter une émission sur le registre théâtral. Le théâtre, pour moi, c’est l’abstraction, l’imaginaire. C’est Molière, mais aussi Labiche, Ionesco et bien d’autres auteurx, capables de nous faire voyager. Pour interprêter leurs pièces, il faut un certain talent, un don de soi particulier. Hondelatte l’a, même si c’est un style qu’on peut ne pas aimer, presque kitsch. Sauf qu’il présente des affaires judiciaires, criminelles, bien réelles. Cherchez l’erreur. Et pourtant, il n’y a pas faute de goût.
Je ne sais pas s’il est réellement réalisateur et/ou metteur en scène de son émission, mais l’ambiance, l’univers qu’il a créé est tant emprunt d’une « patte » qui lui est propre à lui et à son équipe que les spectateurs arrivent aujourd’hui à classer ces émissions par « saisons » et par « épisodes », comme pour les séries télévisées. C’est pour moi une reconnaissance sur le contenant. Chaque semaine (lorsque la saison a redémarré), je suis dans les starting-blocks, attendant un nouvel épisode, quel qu’il soit. Alors quand il a touché à Spaggiari, Mesrine, l’affaire Outreau, c’était avec d’autant plus de délectation que je me plongeais dans ces récits, sans pour autant me détacher sur la dure réalité.
Mais comment ne pas rire de ce côté polar d’un Hondelatte au volant d’une berline noire à l’habitacle silencieux, au vrombissement du moteur berçant l’interview feutrée d’un témoin ou d’un procureur assis côté passager ? Comment ne pas être stupéfait face à cette scène de passage à table, que dis-je, passage au zinc; lorsque Christophe Hondelatte questionne ce magistrat, ce cousin-germain ou son fidèle assistant, Dominique Rizet. Dominique Rizet, à la calvitie à géométrie variable (selon les rediffusions ou non des épisodes), qu’on croirait tout juste sorti d’une arrière salle de salle de jeux, sentant encore le cigare et le patchouli, alors même qu’il venait de se faufiler hors de ce lieu de stupre avec les informations toutes fraîches, celles qu’il nous délivre donc, accoudé à ce zinc derrière lequel nous toisent ces alcools au moins tous quinquagénaires. Ça a de la gueule, c’est une affaire d’hommes, d’hommes qui ont assez baroudé pour nous présenter ces affaires sur lesquelles ils ont eu « leur rôle » mais dont ils ne font récit qu’avec un léger rictus ou pis : un air totalement fermé. Ce ne sont pas les victimes qui transigent face à ces attitudes; seul les policiers, les bleus, les poulets « canardés » ou fossoyeurs qui, eux, manifestent le plus de sentiments. Oscillant entre l’étonnement non dissipé et l’incrédulité a postériori.
Hondelatte, pour tout cette mise en scène est imité, caricaturé, parfois agressé, mais que j’imagine dans le fond totalement impassible aux attaques, il manipule avec maestria l’art du théâtral démonstratif, vois « surjoué » car il sait qu’il arrive, par ce déballage de situations-polar, à déclencher un intérêt chez ses fidèles spectateurs.
Je suis fan, je suis GRAND fan, j’adore.
Ecouter le générique :
(car je préfère l’ancien générique)

http://www.youtube.com/watch?v=hwW5V-oCtlA
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