Cette histoire n’est pas une fiction, elle est certes racontée avec humour et un peu de légèreté grotesque mais elle est tristement réelle.
Rentrant de ma séance d’emplettes dominicales avec ma douce, il faisait bon sur l’avenue Gabriel Péri malgré l’annonce d’un temps maussade à frais en cette fin de matinée.
La cabas lourd de légumineux et l’esprit pendu bien au dessus de ses roulettes je me retrouve rapidement ramené dans la réalité le temps d’une forte accélération de voiture, couplé à l’allumage d’un gyrofare, vous savez, cette impression qu’une voiture fonce sur vous et vous fait sauter sur le troittoir pour ne pas vous faire renverser.
La bruit vient de derrière, le réflexe vif, je m’oppose entre ma belle et cette voiture qui déboule à tout berzingue près de 50 mètres derrière nous. Une voiture de police ! à 80~100 km/h fait du gymkhana sur l’avenue en direction de Fontenay sur l’avenue, gyrofare hurlant au ciel la priorité qu’ont les officiers d’aller sur une intervention. Diable ! Montreuil à feu et à sang ?
Hier le RAID serait intervenu à Croix de Chavaux pour liquider une clinique abandonnée (au sens propre) et vraisemblablement occupée par une sale bande d’ultra-gauchiste ou autres mangeurs de gnocchis surarmés de casseroles d’eau chaude…
Bref y aurait-il concomitance ? Je ne crois pas… en tout cas pas dans ce coin, pas assez « hype ». Première idée qui me vient alors que la voiture passe à notre hauteur (un policier aggripé au revers de la portière, la main bien posée sur le métal de la carrosserie) :  le Franprix !! Comme l’autre jour, devant lui, un accrochage, une baston, de la courave quoi ! Ou pire ! Un braquage ! C’est sûr, surtout un Dimanche matin avant la fin du service. Alors que me viennent des images de mes caissières avec qui je sympathise, je les vois dès lors sous le joug d’une quelconque arme d’un bandit cagoulé, raclant les caisses du creu de sa main inquisitrice, l’écume au lèvres.
La voiture (et j’ai raison) pile dans un léger crissement à 10 mètres du Franprix et du véhicule jaillit un officier qui, la main sur l’arrière/droit de son ceinturon (sur son arme ?) accourt vers le magasin, c’est chaud mes narvalos ! Mais il ne semble pas suivis par les collègues, du moins je ne les ai pas vus. Ma moitié est alors prise d’un doute : « tu ne crois pas qu’on devrait rester un peu là cinq minutes  ? Défois qu’il se passe un truc louche », elle pense comme moi, une balle perdue d’un gangster ou d’un officier dans un acte de bravoure zélé et un peu en écart de sa cible (ça arrive il paraît).
Mais le coeur vaillant du mec qui va faire des cookies et manger ses pâtes du Dimanche devant les émissions de Canal+, j’invite ma chérie à tout de même se rapprocher et passer, qu’importe le danger. Pendant les 50 mètres restant entre nous et la devanture du Franprix, je ne vois personne sortir du magasin, pas un client. Rien, ni pour rassurer ou confirmer nos craintes, mais pas de bruit, de heurts, nada. Nous passons devant la voiture où, trois autres policiers sont assis et calmes, deux à l’arrière, un à la place du mort (???).
Arrivé à l’angle de Gabriel Péri et Désiré Chevalier, à travers les portes automatiques du Franprix, je reçois en pleine figure une image à glacer le sang (me laissant dans l’incompréhension totale à l’heure qu’il est) : les gens font leurs courses dans la totale indifférence.
Je me dis alors que, les pauvres, sans qu’aucun n’ait été mis au courant, une prise d’otage à lieu en arrière salle, dans les locaux techniques, patron séquestré, ses enfants au téléphone avec un autre malfrat qui tiendrait la famille en otage si les coffres de l’établissement n’étaient pas vidés.
Je prends alors mon courage à deux main et m’approche du Franprix et à ma grande satisfaction, j’obtiens l’explication à tout ceci : le policier est de faction à la caisse, avant d’adresser un poli salut à la caissière qui s’empressera de lui facturer sa bouteille de Coca-Cola.