Mon blog est trop peu commenté, c’est un fait. Loin de moi les cercles de blogueurs influenceurs, franc-maçonnerie 2.0 (ça se dit « deux point zéro ») qui décortiquent au visiteur près la fréquentation, optimisent avec un talent certain le moindre feedback sur tel ou tel tag dans leurs articles. J’en connais un et Dieu (j’ai pas trouvé mieux) sait que c’est compliqué et même un métier d’achalander l’internaute, de le rabattre et lui montrer ses plus beaux screenshots.
Il est un pléonasme qui nous qualifie : « blogueurs égocentriques », car il serait hypocrite de dire que nous partageons nos découvertes par pur altruisme, mais surtout nos humeurs, nos essais, micro-pamphlets et nos coups de gueule. Alors NOUS sommes heureux lorsque nous recevons des preuves de votre existence, vous, les lecteurs. Des preuves que vous nous avez par ce biais, prêté une quelconque attention, en bien ou pas; et ça requinque son homme ça. Je me permets donc de répondre au commentaire d’un de mes admirateurs de ce matin (le seul en fait). J’ai choisi de ne pas censurer le commentaire, déjà parce que je suis un homme profondément de gauche, je roule à vélo et pense qu’Obama ferait un bon président. Voici le commentaire :
heuu dis moi t’as pas l’impression d’etre un gros naze a faire un blog consacré a…. rien…? trouve toi un job 
Et c’est signé, faute d’orthographe incluse (à moins que ce soit un effet de style ou un nom à particule) :
Cher monsieur De Boufons,
Tout d’abord, merci de venir enrichir mes statistiques de visites et de – c’est magnifique – me gratifier d’une rapide bafouille en guise de commentaire. Sincèrement.
Permets-moi juste quelques petits questionnements rapides et autres commentaires en retour; je sais que tu risques fortement de ne pas y répondre, même si je t’offre une tribune pour ce faire.
Tout d’abord, j’apprécie le style de la chose, tu arrives dès le PREMIER MOT à véhiculer un mépris assez intéressant, une forme d’émotion que beaucoup d’écrivains n’arrivent parfois pas à me véhiculer en un paragraphe. Par ce « heuu », tu utilises d’entrée de jeu cet effet du « parlé-écrit » qui fait que, même en le lisant on entendrait presque ta voix nous chuchoter cette petite interjection à l’oreille, ou bien même ce léger coup de coude dans les côtes nous invitant à prêter une attention particulière à la phrase qui va suivre.
Alors un blog consacré à rien… oui ! Bien sûr, pourquoi me consacrerais-je à quelque chose après tout ? Ou alors es-tu juste dépassé par le fait qu’un blog puisse se consacrer à plusieurs choses à la fois ? Que je parle parfois de bouquins, de films, de faits divers, de politique, d’arts peut sembler déstabilisant, à l’heure où je constate que beaucoup de blogs ne se consacre qu’à un faisceau de thèmes bien précis (et ce n’est pas un mal, j’ai juste choisi de me faire quincailler on-line).
Ou bien dans ton « rien », entends-tu démontrer que tu ne vois que du néant dans mes paragraphes, mais à ceci je n’y peux rien et j’en suis désolé pour toi. Mais Internet est vaste et tu pourras tout y trouver; des blogs consacrés à tous les sujets du monde (et même plus). Mais comme dit le dicton, il n’y a pas de fumées sans feu, il n’y a pas donc de raison de croire que tu ai dépensé quelques calories à saisir ton message et un chouille de nerfs (ne rougis pas) pour cette courte interpellation et ce, sur RIEN. C’est que j’ai quand même, à l’intérieur de ton petit corps, réussi à agiter les quelques neurones qui ont tiré sur les cordons de ta molle volonté pour faire cela.
MS (mid scriptum ?) : Je regrette que tu n’aies pas laissé ton adresse courriel, nous aurions pus échanger tout d’abord en privé.
MS2 : Je pense que nous nous connaissons.
MS3 : Comment as-tu trouvé ce billetsi ce n’est pas le cas ? (mais vas-tu répondre ?)
En tout cas, revenons-en à ce lien de causalité entre être un gros naze et faire un blog consacré à « … » rien; sache qu’il y a aussi une rubrique que j’avais même établie pour encadrer proprement mes petits rien, accomoder mes petits restes de boulettes thématiques… la catégorie « Tribulations ». Tiens… pour te faire plaisir, je vais « catégoriser » ce billet en « Tribulations ».
Par contre je ne suis que moyennement d’accord avec ton second lien que tu fais entre mon égocentrisme étalé pour ne rien dire et surtout le « trouve toi un job » (l’autre faute (2 en une ligne) a été également préservée pour le côté dramatique).
Sache que (ça va t’étonner, accroche-toi bien), J’AI un job, et même mieux. J’ai un job bien payé et (ne t’émeut pas trop), un job qui me donne du temps libre… tellement de temps libre même que je peux lorsque je le souhaite, réécouter l’intégrale de Larusso, taper des billets de rien dans mon blog, battre mon score au solitaire Windows et même… même… ne rien faire du tout. Je m’estime donc comme un nanti, un des rares chanceux de ce monde à concilier plaisir au travail, et plaisir en dehors du travail; avec un salaire correct en prime.
Mangeur ! Je peux t’appeler par ton prénom ? D’accord… Mangeur. Sache que tu me fais un cadeau inestimable en ce Jeudi matin. Je viens de boucler un projet assez important et dispose encore d’avantage de temps libre et crevais d’envie de rédiger une note sur quelque chose, mais « rien » ne venait, donc il me restait le choix entre ne rien écrire et écrire sur « rien ». Mais tu m’as offert l’opportunité de me donner un peu de matière pour me dégourdir les doigts et je t’en remercie sincèrement.
Amicalement,
Mathieu
(ton boufon… ou bouffon, comme il te plaîra)